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 Quand l'oeil d'Orwell louche...

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Red Mutant Choir
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MessageSujet: Quand l'oeil d'Orwell louche... Mar 21 Juin - 21:45



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Quand l'oeil d'Orwell louche...


Étape 1 : la discrétion




Les missions tendent à avoir le même commencement. Un ordre d’en haut, comme si une divinité leur avait adressé la parole via un message codé, et puis c’est l’exécution, à l’instar du fanatique qui agit sans penser.

Trois hommes sont dépêchés ce jour-là : Grigory, Lyov et Sergey. Évidemment, ils ne connaissent pas leur véritable nom et si ça se trouve, peut-être cette mission sera la première et la dernière qu’ils feront ensemble.

L'enveloppe ne contenait qu'une photo d'un mec chauve – et oui nous parlons ici que d'une seule enveloppe comme Sergey est le seul à l'avoir reçu. Par la suite, il l'a montrée à ses camarades espions. La paranoïa du Petit père des peuples est omniprésente et c'est sans surprise qu'on la retrouve chez les services secrets, où elle devient une qualité intéressante. Bref, les trois espions, après s'être concerter que quatre minutes (et encore, Gregory aurait juré que ça n'avait duré que trois minutes), les hommes se mettent en route pour la traque.

On pourrait croire, à tort rassurez-vous, que ces messieurs ne savent pas quoi faire. Après tout, ne viennent-ils pas de connaître l’existence de leur cible que depuis quelques minutes ? Cependant, ils sont des professionnels et lorsqu’on leur offre aussi peu d’informations, c’est forcément que la prise est un gros gibier. Et on ne déconne pas, au risque de voir leur retraite se finir en quelques coins mortifères de la froide Sibérie.

Les complices déboulent les rues de Moscou en restant disparate les uns des autres. Ils portent chacun des habits noirs passe-partout. S'il n'y avait pas cette uniformité dans la couleur, ensemble ils auraient complètement l'air de civil. Mais bon, en ce pays où n'importe qui est un espion potentiel, à quoi bon ? Et puis, ces trois-là ont une apparence quelconque si ce n'est qu'ils sont plutôt grands – et en bien sûr en bonne forme physique. N'importe quel soviétique intelligent comprendra rapidement, durant l'intervention, qu'il vaut mieux détourner le regard de ces trois hommes en noir qui interpellent un inconnu pour lui demander ce qu'il fait à faire le clown sur la place publique au lieu de travailler comme un vrai prolétaire. Enfin, c'est meilleur pour la santé à ce qu'il paraît.

Ça doit se passer en après-midi. L’opération ne doit prendre que cinq minutes maximum. Les fonctionnaires s’occupent encore de leur paperasse de fou au Kremlin, il n’y a pas grand-monde sur la place si ce n’est quelques passants ou autres hommes à l’importance variable qui doivent se déplacer. Grigory, Lyov et Sergey se regroupent au fur et à mesure que la silhouette de cet homme à l’allure démunie. Il exécute un de ces saltimbanques auxquels peu de gens n’osent ne serait-ce que jeter un coup d’œil. Un homme s’est arrêté trente secondes mais, sous les regards insistants des trois camarades, décide de partir.Grigory et Lyov se placent rapidement à la gauche et la droite de ce que Sergey appellerait volontiers un « sale Polak ». Cet Ukrainien a mal vécu sa situation de minoritaire en Pologne, où des villageois ont violé sa mère et sa sœur à plusieurs reprises. Depuis, il partage une haine sans borne envers tous les Polonais qu'il tient pour responsable. Sa haine contenue fait de lui un redoutable agent. L'Ukrainien prend la tête du groupe et débute la conversation. Un sourire en coin se dessine sur le visage de Grigory.

« Alors, monsieur, on donne des spectacles ? Très bien… mais saviez-vous qu'il faut un permis pour présenter en public ?  », dit Sergey.

Aaaah, la bonne vieille bureaucratie stalinienne… Il montre l'insigne du Bureau des Artistes socialistes soviétiques du Peuple (une organisation inexistante). L'insigne est remarquable par le pinceau doré croisant la faucille et le marteau, avec le fond rouge derrière. Ça venait avec l'enveloppe.


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MessageSujet: Re: Quand l'oeil d'Orwell louche... Mar 21 Juin - 23:01

"Dazichinie" [HRP]разрешение[/HRP]... Ce mot, je l'avais déjà entendu suffisamment de fois pour savoir qu'il s'agissait de papiers ou de permis... Dés lors, Je savais que ma posture était mal engagée...

J'étais là, à faire le clown, face au Kremlin, usant par moments de mes faibles capacités pour rendre le "spectacle" plus intéressant, tentant tant bien que mal de subvenir aux besoins primaires qui me définissaient encore comme Humain...
Mais ces 3 compères, comparses, mais visiblement non frères, face à moi, n'avaient même plus l'air de la Gestapo tant ils semblaient robotisés et manipulés... De vrais mannequins sans âme ni conscience, semblants prêts à tout et ce, même en pleine rue...

Le joyeux luron qui me présentait le papier estampillé du sigle sans failles semblait sourire à une blague de mauvais goût, signe indéfectible qu'ils ne venaient pas pour nourrir mon chapeau, mais tout bonnement pour me faire cesser mes clowneries, voire m'embastiller... Je commençais donc à ranger mes divers accessoires, espérant n'avoir qu'a tenter ma chance plus loin, me disant que certes, la place du Kremlin n'était pas FORCÉMENT la meilleure place pour un clown de mon acabit... Mais leur volonté (ou tout du moins leurs ordres), ne semblait pas s’accommoder avec un simple déplacement de ma part, tout du moins pas à une rue plus loin...

Je n'eu pas le temps de fermer ma valise en carton que déjà j'entrevis des menottes briller dans les mains de celui qui semblait prendre les devants ! Dés lors, la conclusion était sans appel, ils voulaient m’arrêter, et j'étais bien persuadé que ce n'était pas pour des clowneries ! Mais pour quoi alors ? Ma pseudo-Télékinésie ? Je ne pouvais pas soulever plus de 50 grammes, comment auraient-ils vu ? deviné ?

J'essayais de me remémorer tous les visages de mes spectateurs alors que le catcheur s'approchait de moi, mais personne, aucun visage ne me revenait comme étant "espiègle" et redondant de mes faits et gestes. Je n'étais après tout qu'un pauvre subversif, quémandant la pièce pour trouver pitance, jour après jour...

Le butor continuait de s'avancer, pincettes en main, et la seule solution qui m'apparue fut de fuir, car jamais je n'aurais pu faire le poids face à ces brutes, encore moins après ces années de disette, de fuite et de froid... Il ne me restait que la course...

Ma valise s’éparpilla contre la tête de l'homme aux menottes, geste désespéré s'il en est, me permettant de gagner quelques secondes, voltigeant vers l'autre bout de la place, espérant de tout mon cœur des allées perdues et monotones, rêvant d'une poubelle où me cacher, ou encore d'un amas de carton où me blottir... Mais c'était sans compter ce quartier huppé que j'avais choisi...

Pas une cachette, pas un abris, pas une porte qui puisse s'ouvrir d'un coup d'épaule, RIEN !!! Je continuais ma course coûte que coûte, zigzaguant autant que faire se peut, longeant les murs pour éviter d'être repéré !

Deux silhouettes apparurent alors, deux des sbires. Pas essoufflés le moins du monde... Et face à ma trajectoire de fuite... Comment avaient-ils fait, moi qui me considérais pourtant rapide, repensant à ma fuite du camp..?

Je n'eus pas le temps de répondre à ma question. Un violent choc à la nuque mettant à l'arrêt toutes mes interrogations... Mes jambes vacillèrent, mon corps suivit, et une fois au sol, je vis le ciel s'assombrir dans une opacité qui semblait ne plus jamais vouloir à nouveau s'illuminer...
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Red Mutant Choir
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MessageSujet: Re: Quand l'oeil d'Orwell louche... Mer 22 Juin - 19:24



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Quand l'oeil d'Orwell louche...


Étape 2 : Traque et capture




Isodor regarde sa montre et replie son journal, comme s'il venait de se souvenir d'un rendez-vous.

C'est à son tour de prendre la relève, la proie a prit la fuite en cherchant à faire des ruelles son terrier. Seulement, elle ne le sait pas, mais chaque recoin ici est le territoire du parti, du guide, et d'eux.
Eux, qui ? Isodor sait que cette question ne doit jamais trouver de réponse, où alors ce sera la fin de tout. Pas seulement de son existence - a-t-elle seulement un sens à ses yeux – mais bien la fin du monde.

Il se lève du banc qui avait été désigné comme sa position pour surveiller l'interpellation, puis prend une autre rue vers laquelle il devrait logiquement se diriger.

Isodor a le plan de la ville en tête comme s'il y avait été gravé : chaque ruelle est répertoriée, finissant par former une sorte de dessin complexe. Lui l'assimilerait aux crevasses qu'il avait vu un jour sur le dos d'un quelconque traître à la nation, tracées au couteau par un camarade. Le centre du corps avait subit tant d’assauts tranchants entre-croisés qu'il ne ressemblait guère à rien d'autre qu'un gribouillis sanguinolent, mais plus on s'en éloignait de ce point et plus les traits rouges s’espaçaient, s'amincissaient.
La comparaison était effectivement justifiée, si ce n'est que le plan dans la tête d'Isodor ne dégoulinait pas.

Une ruelle, tournez à gauche, puis tout droit. Le fuyard n'était sans doute pas allé plus loin dans sa course, ou du moins, ceux qui étaient chargés de l'interpeller n'avaient pas eu le choix quant au fait de le laisser gambader ou non. Cinq minutes ou la fin du monde, n'est-ce pas ? En tout cas, plus l'arme humaine du Parti avançait, plus l'atmosphère de la ruelle envahissait son esprit animal. Plus l'espace se réduit, plus ses sens sont en éveil pour percevoir les signaux de l'environnement.

Ici s'exerce le règne de la vérité crasse et nécrosée ; l'odeur des déchets humains ainsi que celle de la pourriture semble enivrante lorsqu'elle est mêlée aux parfums de la peur et de la mort.. Non. Non il s'agit simplement d'une interpellation n'est-ce pas ..? I
l faut dire qu'Isodor n'est pas de la meilleure humeur aujourd'hui : depuis quelques temps, il est hanté par le souvenir de ses parents, des traîtres enfermés dans un goulag alors que lui était encore un enfant. « On » l'a laissé accéder à ce poste important, mais il a l'impression que la dague de son appartenance familiale ne cesse jamais de lui caresser la gorge.
Il voit des doubles sens dans chaque mots de son supérieur, des menaces signées par des objets traînant ça et là.

Isodor doit arrêter de penser à tout cela, il sait bien que le travail à faire aujourd'hui est particulièrement important, tout en ignorant comme toujours pourquoi.

Des formes sombres se dessinent à quelques mètres, mais l'obscurité est telle ici que leur ombres soit noyées. Il avait raison, la fuite n'avait pas été longue : un coup au niveau du crâne et l'affaire était enterrée. A présent, il n'y avait plus une minute à perdre, aucun témoin n'avait assisté à la scène alors autant faire en sorte que les choses restent ainsi.
Remarque, ce ne serait pas l'envie d'étrangler un clochard malchanceux qui manque à Isodor, mais devoir porter deux cadavres les ralentirait.. Un cadavre. Oui en plus ils pourraient confondre les deux, ce qui serait tout à fait regrettable.

Le regard du russe se pose sur la cible, tandis que son esprit est excité par l'odeur qui en émane. Il est maigre, sans doute un paysan qui pensait qu'en ville il trouverait plus de nourriture. Il ne s'était pas totalement trompé. Isodor n'a pas le temps de l'examiner plus que cela, un véhicule marque un arrêt devant la ruelle.
Alors, il attrape le bras de la proie, le glisse par dessus son épaule, puis utilise son autre main pour saisir ses côtes. Il l'aurait bien traînée par la manche, mais ses supérieurs ont été limpides sur le fait qu'il ne fallait pas l'abîmer.
Cette dernière déposée dans la voiture et la porte fermée, la voilà partie sans doute à tout jamais.

Isodor regarde le véhicule s'éloigner quelques instants, l'esprit vide. Dans une semaine on viendra l'arrêter pour lui faire suivre la même route que ses parents : les ordres du Parti.


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